exclusion Témoignage

Malgré un certificat médical, une élève ne peut plus entrer dans son collège et se voit privée d’instruction

Témoignage de Solène Dumas, maman d’une collégienne de dix ans qui a été exclue de son établissement, malgré un certificat médical l’exemptant du port du masque pour raisons de santé. Le Proviseur n’a accepté ni visière, ni communication des cours à distance par les professeurs. Quant aux cours du CNED, cette maman ne peut pas se les permettre en raison de leur prix. A part le rejet, rien n’a encore été proposé à cette famille pour lui permettre de continuer l’école autrement. Conclusion de Solène : « Pour ce collège et l’inspection académique du Var, un enfant non masqué n’est pas un enfant à instruire »

 

Pouvez-vous vous présenter ?

Bonjour, je suis Solène, 39 ans, j’élève seule mes deux enfants de 4 et 10 ans. En invalidité, je travaillais sur un projet professionnel jusqu’à l’éviction scolaire de ma fille.

Pourquoi votre fille de dix ans a-t-elle eu un certificat médical pour l’exempter du port du masque ?

Depuis la rentrée en 6ème au Collège Marie Mauron à Fayence dans le Var, différents symptômes sont apparus (vertiges, nausées, difficultés respiratoires, difficultés de concentration…) et augmentaient en intensité au fils des jours, disparaissant les jours ou il n’y avait pas école. Elle a 10 ans et ne portait donc pas le masque ailleurs qu’au collège, le masque étant obligatoire à partir de onze ans. Les deux derniers jours d’école, elle a fait deux malaises. Après le second, elle est sortie du collège à 16h au lieu de 17h pour me téléphoner en urgence : elle n’arrivait plus à respirer, ni à parler. Je suis venue la chercher immédiatement. Petite, elle avait eu des problèmes respiratoires et comme ces symptômes disparaissaient les jours sans masque, le médecin lui a donné cette dérogation médicale.

Ce certificat a-t-il été accepté par la Direction de l’établissement ? Sous quels motifs ?

Non. Au motif que notre médecin traitant ne serait pas compétent pour faire un certificat médical. Seul un médecin de l’Éducation nationale le serait selon le chef d’établissement ! J’ai proposé le port d’une visière en remplacement, cela a été refusé. Soit elle rentrait avec le masque en risquant de nouveaux malaises, soit elle était exclue immédiatement. Le proviseur Mme Odile Noaillon a signé une attestation confirmant qu’elle ne laisserait pas entrer ma fille sans masque.

Quelles ont été les conséquences de ce certificat ? Au sein de l’établissement ? Parmi les professeurs et élèves ?

Avec l’aval de la CPE, de l’adjointe de direction, du proviseur, du médecin scolaire et de l’inspection académique qui reste sourde à mes appels, mails et courriers, ma fille est exclue avec effet immédiat et privée d’instruction officielle. Elle est refusée d’entrer, sauf si je lui remets le masque malgré la dérogation médicale et des malaises au sein de l’établissement. Le proviseur a interdit aux professeurs de nous faire passer les cours jusqu’à ce qu’une solution légale soit trouvée. Ils ne peuvent officiellement le faire qu’en cas de confinement ou de quarantaine, comme me l’a expliqué le professeur principal au sein d’un mail. Seuls des élèves volontaires peuvent nous communiquer les cours.

Voir échange par mail avec le professeur principale :

Certains professeurs sont indignés, mais personne n’ose dire quoique ce soit contre le proviseur au sein de cet établissement. Les élèves face à l’absence de ma fille ont pensé qu’elle avait la Covid-19, un professeur a dû leur expliquer la vraie raison de son absence afin de faire cesser la rumeur, la direction étant restée dans le silence sur ce point.
Une élève nous fait passer un maximum de leçons, ma fille fait les devoirs via Pronote afin de lui éviter trop de retard… Mais cela reste approximatif sans support pédagogique réel.

Que dit pourtant le protocole sanitaire envoyé aux établissements scolaires ? La directrice du collège en tient-elle compte ?

Le protocole sanitaire prévoit la possibilité d’une dérogation médicale au port du masque pour cause de pathologie, prescrite par un médecin référent.

Il précise que dans ce cas, il faut faire particulièrement attention aux autres gestes barrières (lavage de main, distance physique). Le port d’une visière n’est pas obligatoire, et dans ce cas, il n’est même pas mentionné. De plus, dès sa première page, le protocole mentionne que la priorité est l’accueil de tous les élèves.

Quelles solutions proposent l’établissement pour la scolarisation de votre enfant ?

D’abord, on m’a dit de voir le médecin scolaire. Celle-ci, en présence de l’infirmière scolaire, a refusé de voir ma fille puisque non masquée (malgré le certificat médical) et a refusé de consulter son dossier médical. Elle me dira même en présence de l’infirmière du collège que je suis venue plaider la cause de ma fille pour rien, puisque la décision du chef d’établissement était prise. Aucune autre solution ne me sera proposée. Je n’ai pas été informée des possibilités de recours. Seule solution : « lui remettre le masque et on verra bien si elle est encore malade ! Et puis sinon vous payez le CNED » qui coûte 950€ par an pour une 6ème complète, sauf si on bénéficie « d’un avis favorable du directeur des services départementaux de l’éducation nationale », ce que je n’ai pas encore. Je n’ai pas les moyens de financer cela. La gratuité ne m’a pas été proposée par l’inspection académique qui est restée silencieuse un bon moment, et qui vient juste de m’indiquer que mon dossier était à l’étude, sans confirmation écrite.

Pouvez-vous nous décrire votre quotidien depuis cet évènement ?

 J’ai dû mettre de côté mon projet professionnel pour être à temps plein maîtresse d’école et secrétaire : cette déscolarisation forcée m’oblige à faire de nombreuses démarches administratives éprouvantes. Je fais les cours tant bien que mal sans support pédagogique à mon enfant. On commence la 4ème semaine ou je lui fais cours moi même sans support ni suivi officielle. Je me bats contre le silence du système éducatif. Je gère le quotidien de maman célibataire comme je peux, et mon petit dernier de 4 ans pour qui la vie doit continuer normalement. Je dors peu, l’instruction à domicile sans support et sans aide prends un temps de vie considérable. Les impressions scolaires me coûtent cher en cartouche d’encre et papier. Sachant que le collège touche des subventions pour chaque élève inscrit je trouve cette situation inadmissible.

Avez-vous contacté le Ministère de l’Éducation nationale ou autres instances officielles ?

J’ai contacté plusieurs fois l’inspection académique depuis le 14 Septembre, par téléphone, par mail, puis par courrier recommandé avec mise en demeure reçue le 24 septembre dernier. Elle ne semble pour l’instant pas trouver urgent de rescolariser mon enfant dans l’établissement, ou de nous octroyer le CNED complet gratuit.

J’ai également contacté les gendarmes pour une main courante, qui ont pris le temps de téléphoner au proviseur dans une dernière tentative (vaine) de conciliation.

Pour ce collège et l’inspection académique du Var, un enfant non masqué n’est pas un enfant à instruire.


Êtes-vous en lien avec d’autres familles qui ont vécu la même chose que vous ?  Si oui, comment avez-vous pu vous entrer en contact ?

Oui, c’est eux qui ont pris contact avec moi après que j’ai dénoncé la situation sur les réseaux sociaux, ou bien par connaissances communes qui nous ont mis en relation. Le collège voisin à Montauroux semble user des mêmes méthodes, ainsi que celui de Grasse dans le département voisin, si j’en crois les témoignages que j’ai reçus.

Avez-vous formé, ou comptez-vous former un collectif/association ? Si oui, pouvez-vous nous décrire vos intentions et actions faites ou à venir ?

Un collectif était déjà en train de se former, il a pour nom Laissez-nous respirer en pays de Fayence, je les ai rejoints.
Le collectif est sans parti politique, pacifique. Il se mobilise face aux exclusions abusives et prône la liberté de porter le masque ou non en fonction de son état de santé et de ses convictions, dans le respect du choix de chacun, et souhaite que les dures contraintes envers les collégiens et lycéens qui portent le masque toute la journée, du bus le matin au bus le soir, et jusqu’à 22h pour les internes, soient assouplies. Ils ne peuvent même pas respirer dans la cour de récréation!
Un rassemblement a été organisé le 30 Septembre, et il y en aura un nouveau chaque mercredi lors de la sortie des élèves du collège. Les parents venant chercher leurs enfants en profiteront pour montrer banderoles et pancartes.
D’autres villes et d’autres départements nous rejoignent.

Voici un reportage tourné le mercredi 30 septembre 2020 par France 3.

Comptez-vous intenter une action en justice ? Sous quels motifs ?

 Des projet juridiques sont à l’étude.

Vous sentez-vous soutenue par les autres parents, élèves et professeurs du collège ? Ou au contraire, montrée du doigt ?

Je me sens très soutenue, je n’ai reçu que des messages positifs de soutien, d’indignation face au système et beaucoup d’entraide dans le quotidien pour faire face à cette situation improbable.
Concernant les professeurs, j’ai eu des messages de soutien, des coups de téléphones, et certains arrivent à me transmettre quelques contenus, mais ils obéissent à leur hiérarchie qui leur a interdit de me transmettre les cours et aucun vrai suivi n’est mis en place.

Comment votre enfant vit-elle la situation ?

 Ma fille choquée s’est sentie rejetée et a beaucoup pleuré. Elle m’a  demandé ce qu’elle avait fait de mal pour être exclue ! La direction s’est montrée glaciale devant elle, devant deux témoins parents d’élève et membres du collectif, ignorant totalement sa présence, sans un mot d’explication. Lui dire qu’elle n’y était pour rien, qu’elle était innocente et que c’était un problème administratif aurait du être un réflexe pour un établissement scolaire !
Elle voit depuis une art-thérapeute tous les 15 jours pour mieux vivre ce moment.

Si des personnes à qui il est arrivé la même chose voyaient cet article et voulaient entrer en contact avec vous, comment peuvent-elles le faire ?

Je n’ai plus le temps de répondre à tous les messages. Le mieux est de rejoindre le groupe Facebook Laissez-nous respirer en pays de Fayence ou d’envoyer un mail à collectif.laisseznousrespirer@gmx.fr
Si vraiment les personnes veulent me joindre directement, le collectif m’en informera.

Comment les personnes qui souhaiteraient vous aider peuvent-elles le faire ? De quoi avez-vous besoin pour améliorer la situation ? (Cagnotte pour frais ? Autre ?)

Un beau réseau solidaire s’est mis en place autour de nous, mais il est vrai que de nouveaux besoins accompagnent cette nouvelle vie que ma situation financière ne permet pas de couvrir : un grand bureau est désormais nécessaire, je dois réaménager notre appartement pour faire de la place pour cet espace de travail, investir dans un ordinateur, une imprimante digne de ce nom… J’ai créé une cagnotte, pour pouvoir avoir accès aux cours à distance par le CNED s’ils ne m’étaient pas octroyés gratuitement, pour pouvoir faire face à tous les autres frais et pour compenser le fait que je n’ai pas le temps de travailler.

Êtes-vous contre le port du masque, ou l’obligation de porter le masque ? Contre la façon actuelle de gérer les mesures sanitaires par le gouvernement ? Pourquoi ?

Je ne suis pas médecin et je ne fais pas de politique. Je dirais simplement que pour chaque citoyen, les injonctions contradictoires et les avis médicaux divergents ne sont pas propices à rendre cohérentes certaines décisions.
Je ne regarde pas la télévision, seulement les chiffres de l’INSEE, de la santé publique et ceux publiés par de rares hôpitaux. Cela permet d’avoir une vision que je crois être assez objective. J’ai vu la télé chez d’autres et j’ai trouvé les informations très anxiogènes, autant pour les petits que pour les grands. Je suis bienheureuse de ne pas regarder les informations télévisées chez moi. Certains paniquent parce que les cas asymptomatiques augmentent, d’autres s’en réjouissent, parce que c’est le signe d’une immunité collective bien avancée. A chacun de trouver sa place dans ce chaos.

Que souhaiteriez-vous aujourd’hui de la part du gouvernement ? De la part de la société en général ?

D’un point de vue général, interdire de vivre pour ne pas risquer de mourir, je ne suis pas certaine que ce soit très sain, et je crains plus les conséquences de cela que le Covid. D’un point de vue personnel, je dirais que la dérogation au port du masque n’est pas une dérogation au droit à l’instruction !

Avez-vous autre chose à ajouter ?

Vivons, rions, aimons, bougeons, réunissons-nous… C’est pour la majorité le meilleur remède pour un moral d’acier et un système immunitaire optimal.

 

Solène Dumas

 

Nexus a envoyé une liste de questions au Ministère de l’Éducation nationale pour pouvoir éclaircir certains points sur le protocole sanitaire. Dès que nous aurons l’intégralité des réponses, nous vous les transmettrons.
Nous essaierons de contacter Mme le Proviseur du collège pour un droit de réponse.

 

Image de couverture par Gerd Altmann de Pixabay

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