Exologie
UAP : vers la création d’un « Bureau des OVNIS » sous l’égide du Cabinet japonais
Tokyo, 28 mai 2026 — Une dizaine de membres du groupe de travail du Parlement japonais sur les UAP ont rencontré aujourd’hui l’actuel secrétaire général du cabinet de la Première ministre Sanae Takaichi, Minoru Kihara, afin de lui remettre leurs recommandations, un an après la remise de leur premier rapport demandant la création d’un « Bureau des OVNIS » japonais.
Dans un contexte international sur les UAP en mutation rapide — marqué notamment par les divulgations massives opérées aux États-Unis au printemps 2026 via une page du Department of War consultée des milliards de fois — cette initiative japonaise s’inscrit dans une montée en puissance des enjeux internationaux liés aux phénomènes aériens non identifiés. Le document remis au Cabinet ne traite plus seulement des UAP comme d’une curiosité aérienne ou d’un sujet marginal, mais invite à les traiter comme un enjeu systémique de gouvernance et de gestion de crise à l’échelle de l’État.
◊ UN BUREAU DES OVNIS RATTACHÉ AU CABINET DU PREMIER MINISTRE
Au cœur des recommandations figure la création d’un organe centralisé de commandement et d’analyse directement rattaché aux services du Premier ministre, le secrétariat général du Cabinet. Objectif : dépasser les silos administratifs traditionnels, consolider les flux d’information entre ministères, et permettre une réponse rapide, coordonnée et scientifiquement fondée en cas d’incident. En filigrane, un futur « centre nerveux » japonais des UAP s’ébauche au plus haut niveau de l’État.
« Ce que nous avons proposé cette fois-ci consiste avant tout à renforcer notre fonction de commandement. Il est crucial, selon nous, que le secrétaire général du Cabinet s’empare du sujet et traite la question des UAP à sa juste valeur. C’est un volet majeur de notre proposition. Sans prétendre que tout va soudainement basculer dans l’immédiat, le secrétaire général du Cabinet a indiqué que, grâce au nouveau cadre juridique pour le renseignement, le gouvernement était désormais en ordre de marche pour traiter ce dossier correctement », a déclaré le président du groupe de travail parlementaire sur les UAP, représentant et ex-ministre de la Défense Yasukazu Hamada, à l’issue de cette réunion avec Minoru Kihara, lui-même ancien ministre de la Défense entre 2023 et 2024.
Deuxième axe stratégique : l’intégration des UAP dans une doctrine de sécurité nationale élargie. Tirant les leçons de l’incident UAP survenu en juillet 2025 dans le sud du Japon, avec le survol de la centrale nucléaire de Genkai par des objets volants non identifiés, les parlementaires appellent – à l’instar des députés de l’OPECST en France suite à la vague des « drovnis » de novembre 2014 – à un renforcement de la protection des infrastructures critiques et à une coordination accrue entre forces de défense, police, aviation civile et autorités gouvernementales.
Enfin, les parlementaires insistent sur la collecte d’informations et la nécessité de normaliser les moyens de signalement des observations. En proposant la mise en place de canaux de remontée fiables et sécurisés, ils cherchent à libérer et à crédibiliser la parole des témoins — civils comme militaires — et à enrichir une base de données encore fragmentaire.
◊ LE PASSAGE À L’ACTE SERA DIFFICILE ET PRENDRA DU TEMPS
« Créer une structure à partir de rien n’est évidemment pas facile. Pour autant, nous ne pouvons pas nous permettre de ne rien faire », a souligné le représentant Hamada. « En tant que membres de la Diète, il nous appartient d’inciter le gouvernement à agir. Ce sujet étant transversal, il ne relève pas d’une seule entité ; nous comptons donc continuer à travailler pour faire avancer les choses, pas à pas. »
« Au Japon, l’initiative législative appartient généralement au Cabinet », complète l’ancien député du Parlement japonais Yoshiharu Asakawa, membre fondateur de cet « UAP Caucus » japonais créé en 2024 et désormais conseiller sur les UAP du représentant Hamada. « Cependant, si le gouvernement demeure inactif, les membres de la Diète peuvent également prendre des mesures législatives. Ainsi, si le gouvernement ne finit pas par réagir, notre groupe parlementaire compte en son sein de nombreux législateurs chevronnés et expérimentés. Lors des précédentes assemblées générales et réunions du conseil, des voix se sont déjà élevées pour réclamer la mise en place d’un tel système. Je suis convaincu qu’une décision sera prise si rien ne bouge. »
◊ LA FUTURE AGENCE NATIONALE DU RENSEIGNEMENT POUR CENTRALISER LA COLLECTE ET LE TRAITEMENT DES DONNÉES UAP
La création d’un Bureau national du renseignement – l’équivalent d’une CIA japonaise, votée par le Parlement japonais la veille, le 27 mai 2026 – renforce les possibilités de coordination et de traitement des données d’observation, a souligné le représentant Gen Nakatani, ancien ministre de la Défense et membre du groupe de travail du Parlement japonais sur les UAP.
« Les données doivent être recueillies, traitées et exploitées de manière intégrée. Sans cela, toute réponse efficace aux crises devient impossible. À cet égard, la création de cette agence de renseignement constitue une avancée significative : elle permettra d’agréger et d’analyser l’ensemble des flux d’information au sein d’un cadre unique. S’agissant des incidents de type UAP, notre proposition souligne les lacunes actuelles du système japonais ; la centralisation nous permettra désormais de mieux identifier la nature et l’origine de ces phénomènes et d’y répondre au plus vite. »
« Des événements imprévus peuvent survenir : missiles, météorites ou crashs aériens. Pour y faire face, nous devons être en mesure d’y répondre avec rapidité et rigueur. Ces dernières années, les attaques impliquant des drones, des aéronefs sans pilote, des robots et d’autres objets non identifiés se sont multipliées. Le gouvernement se doit de comprendre la situation, d’évaluer les risques et de réagir dans les plus brefs délais ; tout retard dans ce processus pourrait entraîner des dommages irréparables », a ajouté Gen Nakatani, qui a aussi été à deux reprises ministre japonais de la Défense. « Il est donc indispensable d’anticiper et de mettre en place, dès à présent, un système capable d’assurer une réponse coordonnée et appropriée de nos différentes structures. »
Ce futur bureau du renseignement japonais sera habilité à recueillir et à analyser de manière exhaustive des informations provenant des ministères et des organismes. La loi prévoit également la création d’un conseil national du renseignement au sein du gouvernement, présidé par le Premier ministre et incluant le secrétaire général du Cabinet ainsi que le ministre des Affaires étrangères.
À travers ces recommandations, le Japon amorce un repositionnement stratégique : passer d’une posture prudente, indirecte, à une approche politique intégrée, où les UAP deviennent un objet de coordination entre défense, renseignement, science et gouvernance. Elle vise aussi à rapprocher et connecter les observations issues des citoyens et des agences officielles, a souligné Yoshiharu Asakawa : « Il existe des zones où la frontière entre sécurité nationale et gestion de crise n’est pas clairement définie, et où ces deux domaines doivent nécessairement se chevaucher. Dans ce contexte, face à l’apparition soudaine d’un phénomène ou d’un objet non identifié — un drone potentiellement — il me paraît crucial d’intégrer la collecte d’informations provenant du secteur privé. »
Une évolution qui positionne le Japon à mi-chemin entre les approches américaines, dominées par le secret militaire et la « divulgation contrôlée » sous l’égide du Pentagone, et l’approche française, civile, du GEIPAN, rattaché lui au Centre national d’études spatiales (CNES) et qui fêtera son cinquantième anniversaire en 2027.
Par Charles-Maxence Layet
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