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Habiter la France en Indiens, c’est possible !

De l’engouement des médias et de l’opinion publique en faveur des forêts et des Indiens d’Amérique, une question centrale émerge : sommes-nous, nous aussi, des Indiens qui nous ignorons ? Qui nous tenons éloignés des racines de notre « indianité » paysanne. Qui savons, au fond, que la Terre est une unité vivante, que vivre […]

De l’engouement des médias et de l’opinion publique en faveur des forêts et des Indiens d’Amérique, une question centrale émerge : sommes-nous, nous aussi, des Indiens qui nous ignorons ? Qui nous tenons éloignés des racines de notre « indianité » paysanne. Qui savons, au fond, que la Terre est une unité vivante, que vivre en forêt, c’est vivre à nouveau dans un état de nature vivifiant, en marge de « nos » bureaucraties guerrières. À chaque génération, nous ressentons cette tentation et cette nécessité. Devant l’urgence écologique, certains sont passés à l’acte, en France, quoi qu’il advienne pour eux, et ont su rendre désirable l’ordre de mission à l’égard de la nature.

« Je préférerais faire une cabane plutôt que refaire le monde », dis-je un matin au bistrot. Cette formule spontanée résume-t-elle l’état d’esprit d’une frange insatisfaite ou contestataire pour laquelle les révolutions citoyennes ont un arrière-goût d’échec, d’impuissance ? Et pour qui le désir impérieux de vivre simplement, au beau milieu d’une nature naturelle et de manière plus coopérative, constitue la révolution actuelle, effective, à petite échelle. Reste à frayer avec les autorités, vis-à-vis desquelles il faut soit se cacher, soit insister vraiment, mais alors vraiment, tel ce « baron perché » à douze mètres dans son hêtre du Doubs, habitant une belle cabane sous la canopée, Xavier Marmier, dont les démêlés avec la justice (1) en font un cas emblématique de la vie sobre dans les bois.

 

◆ Des Indiens en Gaule

Une énorme vague s’est formée, disent certains. Beaucoup d’aspirations également, de tentations. Mais le but n’est pas, in fine, de rester cantonnés dans des campements d’indigènes, plus ou moins autorisés et donc plus ou moins cachés, pendant qu’à l’extérieur, les dévastations se poursuivent. Les temps sont venus, disent les gens du mouvement pour la Désobéissance fertile ou d’autres comme le réseau des Hameaux légers, La Suite du Monde et ses communes imaginées, le courant féminin des Kerterres, les expériences de hameaux autonomes au pays de Galles et d’autres disséminés, de vivre sans gêne immergés dans la nature, en chemin vers l’autonomie et, en effet, « à l’indienne » où les biens communs de la nature sont appréciés et partagés à leur juste valeur. Il s’agit aussi, sous un autre angle, de prendre la liberté d’occuper les territoires en France, de les défendre et de s’établir en gardiens des vraies forêts. Certains vont sur les ronds-points, d’autres dans les bois.

La question de la vie « à l’indienne », c’est autant une question de notre rapport au temps qui passe (est-ce conforme et est-ce rentable, ce que je fais ?) que celle de notre rapport à ce que sont réellement la nature et la vie avec la nature. Tangi Gourmelon, avec ses forêts fruitières de l’association Paysarbre, témoigne du fait que les arbres l’ont transformé et ramené dans le champ amoureux de la vie.

Cette vague, il fallait pourtant s’y attendre tant le sujet ne date pas d’hier et tant les déséquilibres contemporains sont extrêmes : dans l’esprit de la Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix de Giono (1938), la « race paysanne », et son éternel retour, exprime une altérité que seule l’envergure de la nature permet d’approcher et que seule la sécession d’avec le jeu global du monde permet de saisir. La nation paysanne apparaît, elle aussi, universelle et non négociable, au moins autant que le mode de vie du capitalisme mondialisé.

 

◆ Racines de l’indianité occidentale et française

Que faire face à la déferlante d’informations et de préoccupations pour les Indiens des Amériques (2) et les autochtones de tous les territoires ? Alors que, partout, la forêt brûle ou part en malforestation, qu’il est très facile d’aller communier au cinéma autour des documentaires manifestes d’écologie comme Le Temps des forêts ou encore Les Arbres remarquables (deux documentaires, respectivement de François-Xavier Drouet en 2018, et Jean-Pierre Duval et Caroline Breton en 2019), de parcourir des bouquins en veux-tu en voilà, d’aller voir les magnifiques expositions autour des arbres et des forêts (notamment celle de la Fondation Cartier Nous les arbres) (3) et, autour de soi, de laisser abattre les arbres. Faut-il dire stop à l’exotisme importé et stop aux images dont on se repaît ? L’homme occidental ne gagnerait-il pas à se souvenir qu’il a en lui et depuis longtemps cette indianité paysanne, ce besoin et cette ressource ? Ne s’agit-il pas, à présent, de l’extérioriser pleinement ?

 

◆ La désobéissance fertile conjure l’apocalypse molle

S’ancrer au cœur des forêts. Une aspiration légitime, quoi qu’en dise la loi. Mouvement d’écologie politique, la Désobéissance fertile (3) se donne pour mission de faciliter l’existence de petits villages de cabanes situés en zones forestières à défendre. L’intention est aussi poétique et d’intériorité, en contrepoids du no future, de l’épuisement du désir collectif de civilisation. Un rêve éveillé de hameaux sapiens par milliers. La vie pauvre n’y cède rien au bien-vivre et au bien-être. Rejoue-t-on, là, l’Histoire, à la manière des petites communautés chrétiennes ou préchrétiennes primitives et guérisseuses ?

Chez Jonathan et Caroline, l’histoire est joyeuse d’emblée, l’intention est plus politique et extériorisée chez lui, plus poétique et intériorisée chez elle. Un enfant naît, en effet, dans les bois, la maman s’isole et la sage-femme n’arrivera que pour couper le cordon ombilical avec ses ciseaux spéciaux. Avant d’épouser la vie en cabane, ce furent des années d’engagement en faveur des semences libres – les agriculteurs peuvent maintenant s’échanger gratuitement leurs semences locales – et le développement d’outils pour permettre aux citoyens de peser sur les décisions politiques au travers de l’association CLIC (Les Citoyennes.ens lobbyistes d’intérêts communs), œuvrant en particulier pour un « droit d’amendement citoyen ». Du côté de Caroline, ce fut un long voyage initiatique en Amérique latine. Puis, à deux, six mois en camionnette de découverte d’initiatives locales d’où il ressort que l’installation dans un éco-hameau flirte avec la « lubie de riche » tant l’accès est cher ; suivi d’un projet accessible mais risqué d’achat d’une petite forêt pour y vivre ; enfin, l’installation sur un terrain forestier où François, qui ressemble à « un lutin de la forêt », dit Jonathan, construit depuis une quinzaine d’années des maisons-cabanes, à vivre, que l’ex-ermite à la joie enfantine s’est réjoui de partager. « Un pionnier de la désobéissance fertile sans le savoir », dit Caroline. En somme, chez lui, l’acte indien précède l’engagement citoyen… (la suite de l’article est à lire dans Nexus n° 125)

 

◆ Territoires naturels et résistance

« L’effondrement en cours a une origine lointaine et toujours négligée. Il provient en partie d’une amnésie funeste et déterminante ayant fait oublier que l’économie s’exerçait bien sur la Terre et non pas sur Sirius. Les conséquences écologiques et sociales de cette négligence commencent à troubler sérieusement nos sociétés qui subissent une montée des périls et souffrent de leur extension menaçante pour la pérennité de notre espèce […]. » (Revue Entropia, printemps 2010, 4e de couverture du thème Territoires de la décroissance). L’effondrement de la société n’a pas eu lieu, même si attendu par la sphère survivaliste et collapsologiste, peuplée de gens aussi variés qu’un type armé dans sa base planquée, qu’un Yves Cochet, gentleman-farmer catastrophiste résilient et bénéficiant d’une retraite d’ancien ministre, ou encore de « tribus » coopérantes. Ce qui a lieu depuis longtemps, en revanche, c’est le délabrement des milieux naturels et ses effets réels sur la santé, des aspects assez documentés dans NEXUS depuis l’an 2000. De cette civilisation du hors-sol dévoreuse sans état d’âme de sols, d’eau et d’air, émerge ainsi la nécessité « d’engagements de vie sur des territoires matériels, immatériels et spirituels où se manifestent les capacités de résistance et de création de celles et ceux qui affrontent les enjeux de notre temps sans renoncer aux rêves qui les habitent ». (Entropia)

 

☞ Pour lire l’article complet dans Nexus n° 125 (nov.-déc 2019) : rendez-vous en kiosque ou cliquez ici.

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  1. Une pétition a été lancée, France 3 s’en est mêlée et une journaliste du Monde a même passé une nuit dans la cabane, c’est dire !
  2. Le chef Raoni, emblématique Indien Kayapo défenseur de la forêt amazonienne et de ses habitants originels, a été vu dans tous les grands médias occidentaux encore récemment. La cause « amérindienne » est bien plus large : par exemple, le plus ancien prisonnier politique des États-Unis est le héraut de l’American Indian Movement, Leonard Peltier, emprisonné depuis 1975. Il continue de clamer son innocence pour le meurtre de deux policiers et ses défenseurs disent qu’il subit l’acharnement du FBI contre les Indiens des États-Unis.
  3. Nous les arbres, exposition 12 juillet-10 novembre 2019, prolongée jusqu’au 5 janvier 2020, Fondation Cartier pour l’art contemporain, mais aussi au Musée Zadkine du 27 septembre 2019 au 23 février 2020, l’exposition Le rêveur de la forêt en trois thèmes : La lisière – la Genèse – Bois sacrés, bois dormants. Poésie, philosophie, sciences et le travail d’une quarantaine d’artistes classiques (dont Ossip Zadkine) pour envisager la forêt comme « refuge de force vitale ».
  4. https://desobeissancefertile.com/ et https://www.facebook.com/desobeissancefertile/
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