Marchés Société

Éloge de nos marchés de plein vent

Chaque jour en France, mille kilomètres d’étals sont déballés sur les marchés de plein vent. Et disparaissent quelques heures après. Place nette au cœur des communes ! Alors que nous vivons sous le joug de lourdes infrastructures, songe-t-on à l’extraordinaire souplesse de cette forme ancestrale de l’économie d’échange ? L’élégance des marchés en matière d’urbanisme, […]

Chaque jour en France, mille kilomètres d’étals sont déballés sur les marchés de plein vent. Et disparaissent quelques heures après. Place nette au cœur des communes ! Alors que nous vivons sous le joug de lourdes infrastructures, songe-t-on à l’extraordinaire souplesse de cette forme ancestrale de l’économie d’échange ? L’élégance des marchés en matière d’urbanisme, de concurrence, d’égalité et de convivialité saute aux yeux dès lors que l’on veut bien considérer ce parent pauvre du commerce actuel comme, au contraire, un modèle d’avenir.

Les populations du monde se sont habituées au fil des décennies à la colonisation des espaces naturels par les zones commerciales, vastes agglomérations de hangars, autrement nommées «moyennes et grandes surfaces ». Il faut parfois traverser ces zones sur des kilomètres et des kilomètres pour entrer ou sortir des villes. Quand on y pense en tentant, précisément, d’en faire abstraction, d’imaginer qu’elles n’y soient pas, on se rend compte de l’attentat à l’esthétisme que constituent ces zones mastoc, dont la présence persistante n’est pas attribuable à la croissance démographique mais à la démission harmonique, du sens des proportions et d’une étrange inversion de la logistique : les gens, par milliers, acceptent de parcourir d’assez grandes distances pour se rendre dans chaque centre commercial alors que, sur les marchés de plein vent, les forains beaucoup moins nombreux (en moyenne 31 emplacements sur les marchés alimentaires) viennent au-devant des clients qui, soit s’y rendent à pied, soit parcourent quelques kilo- mètres au plus dans les communes rurales.

 

◆ Invisibilité du plein vent

L’élégance du marché tient donc à cette logistique légère du vendeur qui vient à la rencontre de l’acheteur, mais aussi au caractère éphémère des infrastructures des stands. L’économie des marchés retient le commerce à sa place. De manière régulière, durant quelques heures, le commerce est à l’honneur, il bat son plein si possible et en fonction des efforts de la commune, comme une fête ; ensuite, la vie communale reprend le dessus. Dans l’espace public, l’économie des marchés est donc presque sans trace matérielle. Les quelque 2 millions de mètres carrés disposés chaque jour durant quelques heures sont à comparer aux 26,5 millions de mètres carrés permanents de surfaces de hangars à vocation alimentaire et 44 millions dédiés au non-alimentaire en France. Il y a bien sûr, actuellement, des communes qui réhabilitent leurs vieilles halles (marchés ouverts mais couverts), comme Brive, Bourges ou Dijon, ou encore projettent d’en créer une nouvelle, comme Bois-Colombes. Mais, d’une part, ce sont souvent des bâtiments élégamment insérés dans l’environnement urbain, parfois des monuments historiques, et d’autre part les marchés de halles sont limités : selon une étude de 2016, le nombre des marchés alimentaires de plein vent en France s’élevait à 9588 sur un total de 10683 marchés alimentaires.

 

◆ Résistance d’avenir

1,2 %. C’est la part du chiffre d’affaires des marchés de plein air par rapport à celui des centres commerciaux en 2017. Soit 5,5 milliards d’euros sur 450 milliards ; 505 milliards pour l’ensemble du commerce de détail. Cela paraît peu, certes, surtout quand on voit combien les candidats aux élections, quelles qu’elles soient, vont serrer les mains sur les marchés pour aller à la rencontre des gens au cœur de la vie locale. 1,2 %, c’est peu, mais cela cache un fait important : les marchés de plein vent constituent la troisième forme de vente de fruits et légumes frais en France (17 %), derrière les grandes et petites surfaces fixes. La prospérité du « frais » explique que le chiffre d’affaires des denrées alimentaires sur les marchés soit en progression, phénomène accentué sur les marchés de producteurs et foires gourmandes depuis deux ou trois ans, alors que les ventes de produits manufacturés y diminuent. L’ensemble étant plus ou moins stable en euros constants depuis une dizaine d’années. Il s’agit là, de fait, d’un renouveau des marchés qui avaient beaucoup pâti de l’ascension des hard-discounters dans les années 1980 et 1990…

 

La suite de l’article est à lire dans Nexus n°126 (jan.-fév. 2020), disponible en kiosque jusqu’au 29 février 2020 ou en ligne au format papier/numérique en cliquant ici.

 

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