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Loba milite pour un accouchement librement choisi

Loba, documentaire réalisé par Catherine Béchard, invite à s’interroger sur la manière de mettre au monde un bébé. À Cuba, au Mexique, en France, en Espagne… le constat est le même : il y a nécessité de (re)prendre la pleine liberté de son corps et de ses choix face à la surmédicalisation.

Catherine Béchard, thérapeute depuis 25 ans, a toujours été scandalisée par ce que pouvaient subir les mères et les enfants pendant l’accouchement en milieu hospitalier. Il y a 5 ans, elle décide de recueillir les témoignages de ses patientes au cours d’un périple qui la conduit de l’Espagne (où elle habite), au Mexique, puis en France et à Cuba, avec la complicité de sa fille, Lila Fraysse, chef opératrice.

Elle rassemblera également, pendant les trois années du tournage, les paroles des « gardiennes des connaissances ancestrales », les sages-femmes qui souhaitent continuer d’exercer leur métier après de futures mamans désirant accoucher à la maison.

Cette voix collective s’exprime aujourd’hui dans un film documentaire Loba dont la sortie nationale est prévue le 8 avril.

Affiche de Loba, film de Catherine Béchard

Film militant, Loba aborde la question de la liberté de chaque femme à choisir ce qu’elle veut vivre dans le respect de son corps. Il nous montre pourquoi et comment l’accouchement a évolué vers plus de médicalisation. Et pourquoi le métier de sage-femme est aujourd’hui menacé.

 
 
 
 

INFORMATIONS PRATIQUES

• Durée : 1 h 30 – Sortie en France le 8 avril 2015
Cliquez ici pour connaître les dates et lieux des prochaines projections
• Chaque séance sera suivie d’un débat en présence d’associations, de sages-femmes et de la réalisatrice.

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Bande-annonce de Loba

POUR EN SAVOIR PLUS

••• NEXUS n° 95 (novembre-décembre 2014)
Le sujet de la maltraitance des femmes par l’institution médicale a fait l’objet d’un dossier de 12 pages : La médecine est-elle violente envers les femmes ? 

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•••  ÉTUDES SCIENTIFIQUES ET OMS 

L’état des lieux que nous livre Catherine Béchard rejoint les conclusions de nombreux scientifiques qui s’émeuvent de la maltraitance institutionnelle imposée aux femmes qui accouchent. Ainsi, la revue The Lancet a publié deux études (1, 2) édifiantes sur le sujet. « La surmédicalisation de la grossesse menace de plus en plus la vie et le bien-être des femmes et de leurs familles, tant dans les pays riches que pauvres », alertent les auteurs (1).

« De nombreuses femmes et de nombreux nouveau-nés […] s’exposent de plus en plus aux effets indésirables des interventions inutiles pratiquées de manière systématique, notamment une mobilité limitée pendant le travail, l’épisiotomie et la césarienne », déclare Caroline Homer, professeur à l’Université de Sydney (in Maïeutique 2,  23 juin 2014). « Le recours insuffisant ou excessif aux interventions contribue à une morbidité clinique et psychologique aiguë pour 20 millions de femmes enceintes, affectant de manière durable la santé physique et psychosociale, le bien-être des mères et des nouveau-nés », confirme Caroline Homer.

Des violences ancrées dans le système de santé

Au Brésil, 82 % des bébés naissent par césarienne dans les hôpitaux privés, et plus de la moitié dans les hôpitaux publics. Or, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le taux de césariennes ne devrait pas dépasser 15 %. En septembre 2014, l’Organisation mondiale a pris officiellement position, lors d’une réunion des Nations-Unies à New York, pour la prévention du manque de respect et de la maltraitance des femmes durant leur accouchement (PDF en français).

« Des traitements irrespectueux et abusifs des femmes pendant la grossesse et l’accouchement ont échappé aux autorités internationales et nationales de santé », dénoncent, dans The Lancet, Lynn P. Freedman et Margaret E. Kruk, de l’Université Columbia à New York. Pour ces chercheuses, ces violences obstétricales sont profondément ancrées dans les systèmes de santé, souvent liées à la surmédicalisation. Ces maltraitances sont de tous ordres : cris, réprimandes, coups, pincements, abandon de patientes, discrimination et pose d’actes médicaux sans consentement…

Sage-femme à domicile : un métier menacé 

Dans ce contexte, on comprend combien le déploiement d’une pratique de qualité par les sages-femmes est crucial pour accompagner la mère et l’enfant. « C’est plus qu’assister aux accouchements. Ce sont des soins de qualité et pleins de compassion offerts aux femmes, à leurs enfants et à leurs familles avant, pendant et après la grossesse », écrivent Richard Horton et Olaya Astudillo, respectivement rédacteur en chef et éditeur senior adjoint de The Lancet« La philosophie [sage-femme] est aussi importante. Elle vise à optimiser les processus biologiques, sociaux et culturels normaux de la naissance, et à réduire les interventions au minimum », expriment les deux auteurs.

Malheureusement, la profession des sages-femmes libérales qui pratiquent l’accouchement à domicile est menacée. La loi Kouchner du 4 mars 2002 (art. L. 1142-2) stipule que les sages-femmes qui exercent l’accouchement à domicile ont l’obligation d’être assurées. Or le coût de l’assurance est tout simplement prohibitif : de 19 000 à 25 000 euros par an, soit l’équivalent du revenu moyen net d’une sage-femme ! Quand on sait que le manquement à l’obligation d’assurance peut entraîner une amende de 45 000 euros et une interdiction d’exercer, on prend la mesure de la menace qui pèse sur le métier de sage-femme libérale intervenant à domicile.

 1. Disrespect and abuse of women in childbirth: challenging the global quality and accountability agendas, de Lynn P. Freedman et Margaret E. Kruk (22 juin 2014).
2. Midwifery and quality care: findings from a new evidence-informed framework for maternal and newborn care, in Volume 384, n° 9948, p1129-1145 (20 sept. 2014).

 

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