
Conflit en Ukraine : la France se prépare à une guerre durable et de haute intensité
Alors que les négociations de paix patinent autour du conflit russo-ukrainien, le ministère des Armées français a approché le fabricant automobile Renault pour explorer la possibilité de produire des drones militaires en Ukraine. De son côté, le ministère de la Santé a demandé aux hôpitaux de se préparer à accueillir un afflux massif de soldats blessés. À l’évidence, nos dirigeants ne prévoient pas la paix, mais plutôt une guerre durable, qui va gagner en intensité.
◆ Être en capacité de gérer un « engagement majeur »
Officiellement, Emmanuel Macron se dit favorable à une sortie de guerre en Ukraine et fait même mine d’y œuvrer. Est-il sincère dans cette démarche ? Souhaite-t-il vraiment la paix ? Sans chercher à y répondre, force est de constater qu’en parallèle, le gouvernement français semble plutôt prévoir un conflit qui va durer, et même lourdement s’intensifier.
En témoigne un document d’instruction envoyé le 18 juillet 2025 par Catherine Vautrin, la ministre du Travail et de la Santé, aux directeurs des agences régionales de santé (ARS). Dans cette directive, révélée le 26 août dernier par Le Canard enchaîné, il est demandé aux ARS de se préparer, afin d’être en capacité de gérer, d’ici mars 2026, un éventuel « engagement majeur », donc une guerre de grande ampleur.
◆ Pouvoir accueillir des dizaines de milliers de soldats blessés
Dans ce scénario, la France servirait de base arrière logistique pour accueillir un afflux massif de soldats blessés, aussi bien français qu’étrangers. Les hôpitaux devront ainsi être en mesure de prendre en charge entre 10 000 et 50 000 blessés sur des périodes pouvant aller de 10 à 180 jours.
Pour les soldats étrangers, le plan prévoit la création de centres médicaux à proximité des gares routières ou ferroviaires, des ports ou des aéroports, afin que les blessés pris en charge soient ensuite réacheminés vers leur nation d’appartenance. Ces centres devront pouvoir accueillir quotidiennement une centaine de patients, avec des pics pouvant aller jusqu’à 250 blessés par jour.
◆ Les soignants invités à rejoindre le Service de santé des armées
Le personnel soignant est par ailleurs « invité » (aura-t-il vraiment le choix ?) à rejoindre le Service de santé des armées et à suivre des formations spécifiques liées aux « contraintes d’un temps de guerre », à la gestion des traumatismes psychiques, à la médecine de réadaptation, etc.
Interrogée sur BFMTV, la ministre de la Santé, Catherine Vautrin, a affirmé que cette démarche préventive était totalement justifiée dans un contexte de conflit de haute intensité. « Il est tout à fait normal que le pays anticipe les crises […]. Cela fait partie de la responsabilité des administrations centrales », a-t-elle déclaré.
◆ Renault pourrait assembler des drones en Ukraine
Cette information vient en confirmer une autre, qui indiquait déjà que la fin du conflit en Ukraine n’est pas, pour l’heure, une option sérieusement envisagée par nos dirigeants.
Le 6 juin dernier, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, annonçait qu’une « grande entreprise produisant des voitures françaises » allait produire des drones en Ukraine. Deux jours plus tard, le constructeur automobile Renault confirmait à France Info avoir été approché par le gouvernement pour explorer la possibilité d’un partenariat avec « une PME française spécialisée dans la défense », en vue de créer des « lignes de production à quelques dizaines ou centaines de kilomètres du front ». Une partie de ces drones serait également produite pour l’armée française, qui accuse un certain retard dans ce secteur.
◆ De nombreux salariés inquiets, selon les syndicats
À l’époque, Renault affirmait n’avoir encore rien décidé concernant cette proposition. Sébastien Lecornu affirmait pour sa part qu’à ce stade, il n’y aurait pas besoin de salariés français pour aller travailler sur ces lignes de production, les Ukrainiens étant bien « meilleurs que nous » dans ce domaine et capables de fournir à la France un retour d’expérience utile sur la façon d’utiliser ces drones de combat.
Une précision qui n’a pas empêché les salariés du groupe de s’inquiéter, comme le rapporte un article de BFM Business datant du 19 août dernier. « Beaucoup de salariés nous ont interpellés, ils ont signé pour fabriquer des voitures et pas des armes », a déclaré un responsable syndical Force ouvrière (FO). « Certains veulent déjà savoir s’ils peuvent refuser une telle mission », a ajouté un délégué de la CGT.
◆ Les réquisitions militaires désormais possibles sans déclaration de guerre
Ces inquiétudes semblent pour l’instant injustifiées, étant donné que Renault n’a toujours pas donné suite à la proposition du gouvernement et qu’aux dires du ministre Lecornu, aucun salarié des usines françaises n’irait travailler sur ces lignes de production en Ukraine (ou peut-être en Slovénie, d’après les informations d’un représentant syndical).
Mais nul ne sait comment va évoluer la situation et sans doute vaut-il mieux tout envisager ? D’autant plus que, depuis l’entrée en vigueur de la loi de programmation militaire 2024-2030, les réquisitions militaires (qu’il s’agisse de personnes, de biens ou de services) sont désormais possibles en France sans qu’il soit nécessaire que notre pays soit en guerre. Rappelons également que tout réfractaire s’expose à une peine de cinq ans d’emprisonnement et à 500 000 € d’amende…
Article par Alexandra Joutel
(Image par Luaks Johnns de Pixabay)
⇔ CHER LECTEUR, L’INFO INDÉPENDANTE A BESOIN DE VOUS !
Nexus ne bénéficie d’aucune subvention publique ou privée, et ne dépend d’aucune pub.
L’information que nous diffusons existe grâce à nos lecteurs, abonnés, ou donateurs.
Pour nous soutenir :
1️⃣ Abonnez-vous
2️⃣ Offrez Nexus
3️⃣ Commandez à l’unité
4️⃣ Faites un don sur TIPEEE ou sur PAYPAL
✅ Découvrez notre dernier numéro
Et gardons le contact :
Retrouvez-nous sur réseaux sociaux
Inscrivez-vous à notre newsletter
- Loi de programmation militaire : vers une modification inquiétante du régime des réquisitions ?
- Si la France entre en guerre, pouvons-nous être réquisitionnés ?
- Réquisition et mobilisation : quelles différences ?
- Nouveau plan « Rearm Europe » : encore et toujours le financement de la guerre en Ukraine, mais qui va payer ?