Billet d'humeur

On peut ne pas être d’accord et être amis

Pro ou anti-machin, pour la liberté de choisir, sans opinion, ignorant ou perdu au milieu d’infos nébuleuses et contradictoires. Qu’il s’agisse du masque, du vaccin, du test de dépistage, du traitement médical. Chacun d’entre nous peut se sentir tiraillé et assister, voire participer, à un spectacle quotidien déstabilisant, parfois violent. Tout en restant lucide, comment ne pas se laisser aller sur cette pente glissante de la Haine ?

 


◆ Des rings partout

Pas besoin de partir loin de chez soi ou d’en sortir. Ni de regarder une série policière ou un débat politique sur un plateau télévisé pour vivre le conflit par procuration. Sur les réseaux sociaux, dans nos cercles familiaux et amicaux, sont en train de s’inviter insidieusement ou avec fracas l’opposition, le mépris, les amalgames, et j’aurais envie d’aller jusqu’à dire, la Haine.


◆ Le fléau de la Haine

La Haine avec un grand H, celle qui va nous pousser à traiter d’ « assassin » celui qui ne veut pas porter de masque. De « Charlie » celui qui en porte un seul dans sa voiture, les fenêtres fermées. De « conspi » celui qui accuse Bill Gates d’être derrière la propagande de vaccination. De « mouton » celui qui fait la queue devant un laboratoire médical pour aller se faire dépister. Cette Haine qui, sous le coup temporaire ou durable de l’émotion, peut nous faire balancer entre deux posts Facebook condescendants, qu’il faudrait « interdire la réanimation aux personnes qui ne veulent pas porter de masque si elles tombaient malades », ou plus élégamment encore « que ta grand-mère crève si tu n’en portes pas un ! ». Cette haine, source d’inspiration imprévue de notre cerveau : alors qu’un de nos contacts clame qu’on aurait dû porter le masque depuis des années pour éviter la transmission de toute autre maladie, on se surprend à s’imaginer lui lancer des pierres jusqu’à ce qu’il se taise, ou à lui arracher son masque avec les dents ! Cette Haine, qui fait valdinguer au loin la poésie, l’écoute, qui couvre notre regard pourtant capable de bienveillance, d’œillères opaques. Qui font virevolter et s’éloigner tel un sachet plastique qui n’a rien à faire là l’empathie et la volonté de comprendre d’autre. Cette Haine, qui donne envie de créer des mondes séparés, ou de détruire ceux qui ne fonctionneraient pas comme on le souhaite, plutôt que créer des passerelles entre eux…

 

◆ Derrière la Haine, souvent la Peur et l’Amour
Peur de la contamination, de la souffrance, de la mort. De la nôtre, mais de celle des autres aussi. Cette peur qui donne envie de « dénoncer » son voisin qui sortait deux heures par jour au lieu d’une seule pendant le confinement. De chasser l’infirmière de l’immeuble qui habite au-dessous, en contact avec les microbes chaque jour. La peur de l’asservissement, du musellement, du vaccin forcé, du traitement imposé, qui nous fait grincer des dents, maudire nos gouvernants et ceux qui obéissent. Derrière cette haine, derrière cette peur, et j’espère ne pas tromper, ce que je ressens aussi, c’est tout l’Amour qu’il y a : que l’on veuille éviter la contamination, la souffrance, la mort, la vaccination obligatoire ou la privation de nos libertés fondamentales, c’est très souvent pour se préserver soi, mais aussi les autres. Nos proches, mais pas que. Je ressens notre détresse de ne plus pouvoir voir le sourire, ou même la tronche en biais de la personne assise en face de nous dans le RER. De ne plus pouvoir s’embrasser, s’enlacer, se toucher l’épaule, se taper dans le dos, sans vérifier s’il y a des témoins ou non.
Alors si la communication, le respect et le contact tactile sont plus difficiles aujourd’hui, ne nous interdisons pas en plus de devenir ou de rester amis.

Source : Acidmath

 

◆ Face au déboussolement : rester ancrés pour éviter la folie
Je ressens notre sentiment d’impuissance et notre anxiété, notre déséquilibre et notre difficulté à nous ancrer, en plein vent, que dis-je, en pleine tornade multidirectionnelle médiatique, économique et politique. « Il faudrait faire comme ci, il faudrait faire comme ça », on tape du pied, du poing sur la table, dans un sac de boxe, quand ça n’est pas sur nos proches. On n’arrive pas à incarner totalement ce qu’on prône, on voudrait faire plus, que les autres “se bougent le cul” au moins autant que nous. On s’en veut, on doute, on s’affronte, on crie, on s’injurie, ou on garde tout à l’intérieur pour ne pas alimenter les esclandres et le chaos.
Respirer… Inspirer, expirer. Lentement pour reprendre pied. Sentir ses racines se déployer. Se reconnecter à plus vaste que nous. Aux autres. A soi-même. Se calmer, sur son radeau, perdu au milieu des bourrasques et des flots. Une fois plus paisible et bien arrimé à lui, ouvrir les yeux et réaliser qu’il y a des milliers, des millions de radeaux autour de nous, avec une personne dessus, qui a peur, comme nous. Qui a envie d’aimer, comme nous. Comprendre alors que plus nous nous calmerons, moins la mer sera agitée. Et plus nous pourrons nous concentrer et nous unir pour distinguer ce qui, à l’extérieur de nous, la fait tanguer autant.

 

 

◆ Orchestration externe ou interne : peu importe
Ce clivage, je ne sais dans quelle mesure il est créé intentionnellement ou non par l’extérieur, par les médias de masse, nos gouvernants, les lobbies et j’en passe. Ce clivage, je ne sais dans quelle mesure il peut venir de l’intérieur, par notre vécu, notre éducation, nos neurones ou autres éléments endogènes. Dans tous les cas, ne le laissons pas nous happer, ne le laissons pas noircir notre cœur au point de vouloir éliminer ou punir avec délectation la personne qui ne penserait pas comme nous, surtout lorsque sa volonté n’est pas de nous nuire. Restons vigilants, aux aguets, et ne nous trompons pas de cible. Plutôt que dilapider notre énergie à dénigrer, combattre, imposer notre façon de faire à ceux qui veulent nous protéger à leur manière, passons-la au maximum à détecter et à trouver des solutions pour stopper ceux qui se foutent royalement de notre bien-être. A développer ce qui nous permet d’être en bonne santé et épanouis, de la manière la plus autonome, solidaire et responsable possible. Et à ne pas tomber dans le piège de ceux qui voudraient nous monter les uns contre les autres, pour mieux satisfaire leurs propres intérêts.

 

Estelle Brattesani

 

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