Santé Professeur Joyeux : un lanceur d’alerte avant tout

Ce courrier paru dans Nexus n° 103 (mars-avril 2016) fait suite à l’article paru dans le n° 101 (nov.-déc. 2015) : « Vaccination, corruption… Les Prs Joyeux et Even dénoncent ».

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 « Vaccination, corruption… Les Prs Joyeux et Even dénoncent », NEXUS n° 101 (nov.-déc. 2015).

 

Mars 2016 – Mise à jour le 13 mars 2017

enveloppe Les faux-semblants du professeur Joyeux ?  

Merci pour votre article sur les « dessous » du système médical, avec les interviews des Prs Even et Joyeux. Je tiens à vous faire part de certaines réserves, que j’ai été étonnée moi-même de découvrir, concernant ce dernier.
Même si les propos du Pr Joyeux peuvent
 présenter un grand intérêt en termes
 de vulgarisation d’information grise 
(partiellement cachée) pour des citoyens
 peu avertis sur les questions de santé, il 
est important d’en mesurer les limites 
et les risques. Faut-il, par exemple, 
mobiliser la population française pour
que soit rétablie la commercialisation
 du vaccin DTP, au risque de voir rendre la vaccination « hexavalente » des nourrissons, pratique actuellement la plus courante, régularisée par une décision d’extension de l’obligation vaccinale ? N’aurait-il pas mieux valu, au contraire, profiter de l’incohérence administrative actuelle (le vaccin obligatoire n’est plus disponible), pour remettre en cause l’obligation vaccinale, qui est imposée au détriment des libertés individuelles et du droit à la santé ?
Par ailleurs, certains liens d’intérêts posent question : la lettre électronique du Pr Joyeux est diffusée gratuitement, via le site « Santé Nature Innovation », administrée par Vincent Laarman. Or, la crédibilité de ce dernier a été mise en cause par plusieurs journalistes indépendants en 2015. Ce businessman est, en effet, impliqué à la fois dans des associations qui multiplient les pétitions pour des causes au-dessus de tout soupçon et dans des sociétés spécialisées dans le « marketing pour donateurs ». La nébuleuse Laarman (François, Vincent, Isabelle, Nicolas… leurs conjoints, collaborateurs…) est ainsi à l’origine ou à la direction d’associations de lobbying ultraconservateur, comme Contribuables associés, Sauvegarde retraites, SOS éducation, Institut pour la justice…, mais aussi de sociétés de services partenaires ou prestataires des précédentes associations, comme Score Marketing, France Adresse, Top Data ; et depuis peu, de structures officiellement au service de l’écologie et de la santé naturelle. Les principales sont Pollinis (défense des abeilles), Santé Nature Innovation (SNI) et l’Institut pour la santé naturelle (IPSN). Ces dernières disposent d’une puissance de diffusion importante avec des fichiers de 500 000 à 600 000 noms. Les campagnes entreprises semblent viser prioritairement la récupération des données des citoyens qui se mobilisent pour la cause affichée, plutôt que la conduite d’actions politiques ou juridiques de terrain, visant à faire aboutir les revendications évoquées. [cf encadré “Attention à la récupération des données !” de l’article “ACTIVISME EN LIGNE” – Nexus n° 109 (mars-avril 2017)] Les irrégularités sont trop nombreuses pour être listées ici : pratiques contestables (faux contributeurs, faux soutien de personnalités politiques prises en photo à leur insu, fausse attribution de réussites dues au combat d’autres associations), liens d’intérêts opaques, ambiguïté des messages (articles douteux qui côtoient des articles irréprochables)… Autant de convergences qui devraient amener à considérer avec la plus grande prudence toute newsletter gratuite, pétition, demande de dons en provenance de ces institutions.
Il est regrettable que tout contact avec le Pr Joyeux (lettre, site, conférences) amène à se retrouver inéluctablement impliqué dans ce réseau. Sa pétition « pour le vaccin DTP » a d’ailleurs été diffusée via l’IPSN, sans lequel elle n’aurait jamais atteint les 750 000 signatures qui ont fait le buzz. Beaucoup d’autres de ses recommandations aboutissent à des projets ou des structures qui, malgré des intentions affichées louables en apparence, méritent d’être étudiés de près, quant à leurs finalités et leur fonctionnement (« La ruche qui dit oui », « Fermes d’avenir »…). Naïveté ou collusion ? Difficile de trancher. S’entourer et se faire représenter par des personnes de bonne foi est une technique qui a fait ses preuves, pour légitimer un processus manipulateur et/ou pervers. Ceux qui seraient prêts à suivre aveuglément les préconisations et prises de position d’Henri Joyeux doivent au moins être informés de son parcours plutôt ultraconservateur. Engagement au sein du parti l’Alliance, mise en cause à plusieurs reprises pour propos homophobes, membre du CA et conférencier pour l’association « Familles de France », prises de position contre le mariage homosexuel… Le propos ici n’est pas de lui faire un mauvais procès, à un moment où sa mise en question des vaccins l’amène à être attaqué par le Conseil national de l’Ordre des médecins (plainte déposée à son encontre en juillet 2015). Mais plutôt de replacer son rôle de lanceur d’alerte, héros et victime, dans une lecture plus réaliste de ses engagements historiques. Notons d’ailleurs que le « clan Laarman » est connu pour des positions ultralibérales, identifiées sous le terme de « libertarianisme ». Cette convergence idéologique ne doit pas conduire à confondre les pratiques du Pr Joyeux avec celles des premiers, mais elle peut donner une grille de lecture intéressante de leur rapprochement opérationnel via SNI et l’IPSN.
En tant que cancérologue, le Pr Joyeux a un discours courageux et plein de bon sens sur la nutrition. Sur ses autres sujets d’intervention (vaccins, sexualité, éducation, société, suffrage universel, les produits de la ruche,…) ses propos ne doivent-ils pas être reçus avec la plus grande prudence, et un minimum de vérification objective ? Il est essentiel, pour un magazine tel que Nexus, quasiment le seul magazine d’information alternative et indépendante de la presse écrite française, de rester extrêmement vigilant sur ses sources. Chaque fois qu’un acteur ou un propos peut être mis en cause, c’est toute la vision alternative proposée qui peut être décrédibilisée. Le Pr Joyeux contre les vaccins ou Pollinis pour les abeilles peuvent faire plus de tort à ces deux causes que tous leurs opposants institutionnels, en brouillant la problématique et les enjeux par leur manque de légitimité, voire l’irrégularité de leur situation. Dans ce monde complexe, le simplisme n’est pas permis. Ceux qui défendent l’indéfendable peuvent être de bonne foi. De même, ceux qui défendent des causes honorables ne sont pas forcément irréprochables. Merci pour votre travail infatigable à tenter de démêler le vrai du faux, avec courage et sincérité, même si, on le voit avec cet exemple, c’est un parcours semé d’embûches et de faux-semblants.

 Réponse de NEXUS

Chers lecteurs,

Je vous comprends, mais je pense difficile d’entamer
 chaque interview par un récapitulatif de tout le « passif »
 de chaque personnalité. Si les lecteurs attendent un certain défrichage de l’info par les journalistes, s’entourer de tant de précautions relève de l’impossible. Le fait qu’Henri Joyeux puisse s’entourer de « mauvaises personnes » ou qu’il porte des convictions jugées rétrogrades ne gâche pas forcément 
le message qu’il porte. Quant à la « vérification objective » de ce qu’il avance, ce que nous abordons dans l’entretien 
n’a finalement que peu de rapport avec le scientifique à proprement parler. Il exerce le droit légitime du principe de précaution. Il veut lancer l’alerte sur un sujet qu’il juge grave et urgent (et dont personne ne semblait vouloir s’emparer publiquement). Il avance qu’il faudrait être plus prudent face à des produits qui commencent à donner des preuves de leur dangerosité via des cas très concrets. Il porte cette parole de citoyens inquiets au nom de sa légitimité de professionnel 
de santé. Si nous devions attendre un lanceur d’alerte 
cent pour cent spécialiste et « parfait » en tous points, le débat n’aurait jamais été lancé et, vous en conviendrez,
 ce serait dommage. Voilà la réflexion qui a été la mienne avant de faire cette interview, puisque je n’ignorais pas 
tout ce que vous avez découvert sur le professeur Joyeux.
Concernant l’orientation qu’emprunte le débat sur la vaccination lancé par le gouvernement, je ne pense pas
qu’il s’achèvera par une extension de l’obligation vaccinale, pour preuve, de nombreux experts que l’on n’entendait 
pas avant déclarent désormais ouvertement qu’il faut remettre en cause cette obligation vaccinale (comme Daniel Floret, président du Comité technique des vaccinations,
 qui jugeait en mars dernier dans
L’express que « la 
fin de la vaccination obligatoire est inéluctable »).
 Henri Joyeux est la voix de nombreux Français (qui ne partagent pourtant pas toutes ses convictions) et ce qu’il
 dit sur de nombreux sujets mérite d’être entendu. C’est pour ces principes que nous nous battons ces derniers temps 
en France : ceux de la liberté d’expression, qui ne doit pas
se faire à moitié. En tant que journaliste, mon rôle est de donner la parole à ceux que l’on n’entend pas forcément alors qu’ils portent un discours digne d’intérêt. Donner 
la parole à Henri Joyeux ne va pas d’un coup créer une génération d’anti-avortement ou de clients à la nébuleuse Laarman. Tout simplement parce que nos lecteurs ont 
la même capacité que nous de regard critique. Je pense profondément que mon rôle en tant que journaliste n’est 
pas d’infantiliser les lecteurs : je partage ce que je trouve intéressant, à eux de juger à leur tour si ça l’est. Si le journalisme se doit de refléter notre monde le plus fidèlement possible, alors chacun a le doit à la parole. Je ferais mal mon métier et je me placerais en censeur à agir autrement.

Sabrina Debusquat